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What's going on est un des albums fondateurs de la musique soul
(y figurent aussi le Talking book de Stevie Wonder, le Black Moses
d'Isaac Hayes ainsi que quelques rares autres)
Comme chroniqué lors de la présentation des rééditions
des disques Stax, jusqu'au début des 70's, les chanteurs
noirs, fraîchement devenus électeurs, ne faisaient
que de la musique pour blancs s'ils voulaient avoir des chances
d'être connus et vendus dans des proportions convenables.
Celui qui avait tout compris depuis longtemps était Berry
Gordy qui créa Tamla Motown au début des années
60 basé sur le schéma décrit plus haut mais
avec un plus : de la costumière à la chorégraphe
en passant par les compositeurs et les musiciens tout devait être
estampillé Tamla.
Marvin qui faisait partie de l'écurie depuis ses débuts
acquis ses lettres de noblesse au cours des années 60 avec
des tubes comme Can I get a witness ? ou I heard it through the
grapevine.
A l'aube des 70's, après maints problèmes personnels
(décès de sa compagne Tami Terrell d'une tumeur
au cerveau
), il décida de changer complètement
de style musical. Berry Gordy, pas franchement enthousiaste, lui
laissa la bride sur le coup et manqua d'avaler son acte de naissance
lorsqu'il entendit pour la 1ère fois les maquettes de What's
going on ?. Fini les complaintes d'amoureux éconduits,
il parle de choses sérieuses en particulier pour la minorité
afro-américaine. Rien n'est laissé dans l'ombre,
l'éducation, les enfants
la guerre. Devant l'accueil
plutôt glacial du boss et sa réticence à sortir
le disque, Marvin le menaça de partir. Berry céda,
bien lui en prit car quelques mois plus tard sortit ce véritable
bijou.
L'écrin qui nous est proposé aujourd'hui pour
commémorer les 30 ans de sa sortie est splendide. Il se
présente sous la forme d'un double CD. Sur le premier figure
le mixe de l'album réalisé à Detroit ainsi
que le mixe final réalisé à Los Angeles (le
tout redigitalisé évidemment).
Sur le second CD, c'est un concert donné à Washington
quelques semaines après la sortie de l'album qui nous est
offert. La tension et la nervosité y sont palpables : les
musiciens ne sachant pas par quoi le " maestro " va
commencer. C'est en fait un medley sixties qui ouvre le concert
et qui ravit l'assistance. S'ensuit la totalité de l'album
avec une inversion car il commence par la face B.
Mais in fine, ne boudons pas notre plaisir : le concert est fantastique,
les musiciens fabuleux et l'audience (qui devait être moins
" blanche " que quelques années auparavant) participent
pleinement à cet événement.
Indispensable.
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