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La musique électronique c'est un peu le point de rencontre entre les musiciens et les ingénieurs du son. La plupart des gens très connus dans l'électronique sont des ingénieurs du son, et ils invitent des musiciens à jouer. Ce point de rencontre demande donc un effort, et de la part du musicien, et de la part de l'ingénieur du son, pour comprendre le monde d'en face, comment l'assimiler, et le digérer et c'est pour ça que de bosser avec Smadja était un vrai plaisir parce que lui avait poursuivi la même démarche de son coté. Lorsque je l'ai vu sur scène la première fois, je me suis rendu compte qu'on avait beaucoup de choses à se dire.

Tu as donc digéré le travail propre à l'ingénieur du son ?
Pas encore complètement ; c'est un travail infini qui peut aller aussi loin que la musique. Mais je suis en train de me familiariser avec cet univers. Le son d'un piano acoustique, c'est une donnée de départ. Après ça on apprend à s'exprimer de façon personnelle dessus, à lui donner sa sonorité, sa coloration, mais le son du piano est connu et il précède le pianiste. Ce qui est sympa avec l'électronique, c'est qu'aucun son n'est acquis d'avance. Les sons existants peuvent tout à coup déraper, basculer. C'est imprévisible, ça surprend l'oreille, et ça excite l'imagination.

Lequel tire l'autre ?
La question n'est pas de savoir "qui tire l'autre ? " ; l'important c'est de se rencontrer et de faire fonctionner cette alchimie.

Donc tu samples, tu boucles, tu tritures ...
Oui c'est cela. Je dirais que la principale différence entre un ingénieur du son et moi, c'est que je ne vais pas chercher les samples mais que je les fabrique. Tout ça, c'est une cuisine et d'une façon générale je n'arrive pas à me défaire de cet espèce d'à priori de musicien qu'il faut que je fabrique mes échantillons. Même si j'utilise des boucles toutes faites, il faut que je les coupe en rondelles pour les réagencer. Utiliser une boucle telle quelle et la faire tourner, pendant le morceau, c'est un crime !

Est-ce que tu ne prends pas un risque par rapport à ton public, c'est quelque chose qui a de l'importance pour toi ou bien te considères-tu comme un électron libre ?
J'aime bien ton expression "électron libre ". J'ai certainement perdu de l'audience traditionnelle, mais j'ai gagné de l'audience expérimentale, donc au niveau du public ça s'est très bien passé. Bien entendu, il y a toujours des grincheux, des deux cotés d'ailleurs. Mon métier c'est de faire de la musique, et j'ai la chance d'avoir cette liberté. Parfois même, à la veille d'une guerre en Irak, cette liberté peut paraître extrêmement futile, tu vois, mais c'est pas pour ça que je vais refuser de l'exercer. Et comme j'ai la chance d'avoir un label, Warner, qui me laisse libre, je fais donc ce que j'ai envie de faire. La seule sanction qu'il peut y avoir c'est que je leur coûte plus cher que je ne leur rapporte et qu'ils décident de fermer le robinet.

Je suis dans cette aventure à la suite d'une frustration et ce n'est pas bon de faire son métier frustré parce qu'on ne fait pas de la bonne musique.

Tu as changé de maison de disque avant ces deux derniers albums, est-ce une coïncidence ?
Non. Je devais réaliser avec ma maison de disque précédente le disque Time 4 Change que j'ai fais chez Warner; ils n'en ont pas voulu et il y a eu une rupture assez brutale. Je suis donc reparti à zéro avec une nouvelle musique pour un nouveau label.

Est-ce qu'on peut penser que la musique électronique est un phénomène de mode ?

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