Ecoute,
sincèrement je ne pense pas. C'est une musique qui s'inscrit
dans la durée. Pour des musiciens de jazz de ma génération
c'est un univers différent mais proche. Je vois des musiciens
comme Gaël Horellou, mon saxophoniste, qui est dans le
domaine de la musique électronique extrêmement
avant-gardiste. Il est vraiment dedans. Il était la semaine
dernière à La Haye pour un stage de be-bop avec
Barry Harris, qui est l'espèce de mémoire vivante,
le clone de Bud Powell, un Bud Powell qui serait pédagogue
quoi, pour approfondir sa connaissance du be-bop. L'un n'empêche
pas l'autre et ils sont beaucoup dans ce cas là, qui
vont faire un boeuf au Baiser Salé ou au Sunset avec
un orchestre de jazz, et puis qui après ça vont
dans un home-studio poser une piste pour un mec qui travaille
sur des séquences, ça ne leur fait absolument
pas peur, ça fait partie de leur environnement quotidien
et je dirais même alimentaire ou tout simplement esthétique.
Et ces musiciens là, ils vont bien vieillir un jour et
ils vont vieillir avec leur instrument, leur méthode
de travail. A moins que les américains nous balancent
une de leurs bombes qui neutralise tous les circuits électriques,
je suis sûr que l'électronique est là pour
un bon moment ! ...
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Quand
tu entends : musique électro et jazz c'est de l'opportunisme,
ça te hérisse le poil, ça te rend
furieux ou ça t'amuse ?
C'est-à-dire que j'ai un peu essuyé les
amertumes avec l'album précédent donc je
suis un peu blindé maintenant. Le fait qu'on ne
soit pas tellement nombreux encore dans ce créneau
- je dis "encore " parce que ça va pas
tarder à mon avis - montre bien que je ne suis
pas en train de rejoindre le pacte ... Au contraire j'ai
plutôt l'impression d'être tout seul, tu sais
comme dans Lucky Luke, les barbelés sur la prairie
tu vois, isolé sur mon petit arpent de terrain
...
Tu
as écris un livre sur Monk en 1996 ; qu'est-ce
qui t'a poussé à faire ce livre ?
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Tout d'abord
l'envie d'écrire et la rencontre avec un éditeur
(l'Arpenteur) qui est un très grand éditeur. Je
me souviens lui avoir lu quasiment tout le livre au téléphone
et lui me disait : " Ah ouais, ça c'est bien, non,
non, là ça fait chier là, là on
s'en fout complètement ", donc c'est vraiment un
bon éditeur qui m'a accompagné tout au long de
ce travail. Je dois dire qu'avant de commencer ce bouquin, Monk
n'était pas du tout une idole pianistique pour moi. J'ai
brassé de l'information pendant trois ans et j'ai mis
deux ans à l'écrire. A l'époque je trouvais
la musique de Monk très drôle, c'était très
swinguant, mais j'étais pas encore tout à fait
rentré dedans. Pour moi il était plus urgent de
comprendre comment fonctionnaient Bill Evans, Bud Powell, ou
Herbie Hancock, ils étaient dans la mouvance de ma génération.
Alors évidemment, j'entendais parler de Monk, et puis
j'apprenais des morceaux de Monk, et là je me disais,
c'est pas facile ça ! Après, l'occasion a fait
le larron, et j'ai commencé à arpenter le travail
du gaillard, et là, j'ai pris une claque !
Et
Mingus ?
Il y aurait un boulot équivalent à faire sur lui,
certainement...
L'écriture
te démange encore ?
Oui, encore aujourd'hui. La fiction m'intéresse plus
que la biographie. Je me suis d'ailleurs timidement jeté
sur le livret de Stories.
Tu
es assez proche de Joe Zawinul dans le parcours, les recherches
de sonorités, de rythmes ?
J'ai beaucoup aimé Weather Report, c'était un
groupe fait de rencontres, Zawinul avec Shorter et Pastorius.
Quel voyage cette musique !
A quoi attribues-tu
ce désir de changement ?
Peut-être est-ce une question d'âge ? On baigne
dans une certaine musique et puis après ça on
se dit : " Y'a pas un truc différent à faire
quoi ! " et c'est un peu pour ça que je suis sorti
de la sphère acoustique.
Tu
nous fais pas le coup de l'éternel frustré ?
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